C'est à pleurer
Par Némo le 20 janvier 2009, 22:32 - Mes opinions... - Lien permanent
C'est un peu amère mais pas vraiment surpris que je réécoute le discours de M. Obama.
Bien sûr, je savais que ce ne serais pas le fait que le président soit noir ou démocrate qui allait changer la donne, mais l'espoir - vecteur d'un peuple - que véhiculaient tous les médias commençait à me toucher : je croyais soudain que "yes we can".
Dans ce discours l'on retrouve pourtant tous les mythes dépassés et égotiques d'un pays malade, dont la principale gangrène est l'absolue conviction d'avoir raison et d'être dans le vrai. Cela est d'autant plus mauvais que cette certitude amène un faux sentiment de justice.
Dans ce discours resurgie l'idéal prométhéen qui loue les élites et marginalise les populations les plus faibles.
Le peuple américain en liesse jubile de ne pas avoir à se remettre véritablement en question, et de s'entendre dire qu'il a fait le bon choix, qu'il est fort et qu'il est juste.
Le peuple français n'est pas moins con, il faut l'avouer, il commence d'ailleurs à ressentir doucement l'effet" gueule de bois".
Dans ce discours aucune excuses, aucun mots qui ne sonne pas creux et une vision du monde simpliste pour le bon peuple. Il vaut sans doute mieux que je m'arrète là : nous verrons bien à froid.
Peut-être aurais-je été moins amère si l'espoir n'avais pas été aussi grand.
Peut-être est-il nécessaire aussi d'avouer que c'est la solution la "moins pire".
En attendant, de part et d'autre de l'atlantique, les sages semblent s'être tues depuis longtemps déjà.
Dommage...
Allons, rions, bientôt l'idée même d'un état social aura disparu en France alors que Keynes semble reprendre vie aux Etat-Unis.
C'est à pleurer !


Commentaires
Hélas, un article au style agréable bien que pompeux, d'où ne ressort qu'une fois de plus le prisme culturel franco-français et la profonde incapacité à essayer de comprendre la culture politique américaine. Il ne fallait pas attendre d'Obama de devenir français. Il est l'héritier de 233 ans de politique d'un pays à l'identité si forte qu'il ne pouvait décemment jeter tout ça à la poubelle. Ce n'est pas à pleurer, bien au contraire...
C'est hélas l'un de mes nombreux défaut : je suis pompeux, cela est sans doute dû à trop de lecture dans un style particulier...
Malgrés tout, même si l'on ne peut pas nier ce "prisme franco-français" dont se teintes mes textes, et dont je suis le premier à reconnaitre l'existence, les Etat-Unis vont devoir changer leur façon de faire et d'agir sur le plan diplomatique, économique, politique, etc. Bref, de nombreux changement dans l'attitude du pays vont devoirs s'opérer s'ils veulent garder la place qui fut la leur (et qui restera la leur longtemps encore malgrés tout).
Hubert Védrine faisait un parallèle interessant entre la politique extérieur des Etat-Unis et celle de l'Europe à la fin du XIXe et au début du XXe Siècle : l'Europe n'a pas su empêcher sa rétrogadation parce qu'elle s'accrochait à sa politique extérieur intrusive et impérialiste, il avançait comme hypothése que les Etat-Unis doivent se transformer en "conseiller" ou "superviseur" afin de garder leur place et faire oublier leur figure belliciste.
C'est donc à un changement de cap et non pas un déni auquel je m'attendait avec cette élection. Ce que j'attendais ce n'est non pas forcément un système à la française, bien que je sois un fervent républicain (peut-être jusqu'à l'aveuglement), mais une mutation progressive de la carte mentale des élites américaines.
Peut-être pourrons nous voir les choses changer, je viens d'apprendre que certains syndicats ont pu obtenir une victoire sensible, c'est sans doute un début.
Il est triste cependant, et c'est ce que je tentais d'expliquer, que les Etat-Unis soit si égotique. C'est là que j'ai commis une erreur : c'est sans doute le propre de la plupart des Etats et non pas forcement une spécificité ; c'est là que repose peut-être le point de blocage de toute politique commune harmonieuse.
Disons simplement que j'aurais dit la même chose pour le discours d'investiture d'un autre président si j'avais entendu ce que j'ai pu entendre : la confirmation d'un égoïsme national qui rejette les idéaux internationalistes ou supranationalistes, cela je ne l'accepte pas mais je m'y résigne.
Et cela, c'est à pleurer.
Bonjour Jean-Mark,
d'accord pour le parallèle avec Védrine. On pourrait aussi parler d'Emmanuel Todd et le déclin de la pax americana dans le monde. Le changement de cap est en train de s'opérer: moins d'unilatéralisme, possible dialogue avec l'Iran, avec la Russie, peut-être des progrès pour un État palestinien...Je crois qu'il ne faut surtout pas prendre le désastre de l'ère Bush pour argent comptant et penser qu'il représente une quelconque volonté du peuple américain (taux d'impopularité record aussi bien à l'étranger que chez lui...)
Cela fait partie de la tradition politique américaine de se croire investi d'une responsabilité globale. C'est le thème classique de l'exceptionnalisme américain et de la religion civile. Je comprends vraiment ce que tu veux dire et pourquoi tu es déçu. Mais c'est un point de vue assez européano-centré quand même...
On passe là à des reflexions qui confinent plus à la philosophiques politique, cependant je suis intimement convaincu que si l'on laisse la possibilité à une majorité de citoyens de s'exprimer (scrutin) alors la représentation de ce pays est nécessairement à l'image des citoyens. Aussi pourrais-je résumer de la sorte : "il n'y a pas de fumée sans feux".
S'il a été à la mode, peu après-guerre, de porter les Etats-Unis aux nues, il est courant aujourd'hui en France de les critiquer. La remarque alors d'un certain centrisme moralisateur et aveuglant est justifiée la plupart du temps, tant la critique vis-à-vis de la politique américaine est facile.
Cependant j'entends aller plus loin que cela : ce n'est pas simplement une critique superficielle que je pose bien que ce soit un rejet que je ressente à l'égard d'un système politique dont les failles me paraissent aberrante. Au delà d'une sorte de xénophobie dont on pourrait m'accuser, à tort, d'être pétri, c'est plutôt mes convictions personnelles qui me pousse à ce rejet.
Autrement dit, les Etats-Unis, comme tout pays, ont connu une construction particulière qui leur confère une culture riche et un système politique propre, je ne le nie pas. Simplement - au vu de mes souhaits - je trouve nombres de choses inacceptables dans cette culture ; dans ce système.
Obama apportera sans doute un peu de modération et j'en suis content, cependant il ne modifiera pas fondamentalement ce que l'histoire à forgée, du moins pas rapidement et cela m'attriste. "Wait and see" dit le proverbe, soit.
Outre cela, je ne sais pas si mon discours est si centré que ça : dans le ton c'est une critique des États-Unis, mais j'ai également largement eu l'occasion de critiquer ce qui se fait en Europe et en France. Ici d'ailleurs, le président commence à être critiqué, cependant, comme dit plus haut, et bien que je sois honteux de devoir le reconnaitre, N. S. représente la France en tant que mandé par elle (comprenez par ses citoyens), il est donc à l'image des citoyens de France, voyez, les français ne valent sans doute pas mieux...
)
(toutes nuance sociale, géographique, générationelle, etc, mis à part. C'est Bourdieu qui se retournera dans sa tombe
Histoire de partir un peu dans le hors-sujet et de polémiquer plus qu'il n'est raisonnable, avouons qu'il est lamentable que ce soit la crise qui ait raison de la peine de mort (http://www.lemonde.fr/ameriques/art...) plutôt que le fruit d'un profond changement des mentalités, La mort de Vanzetti fut vaine en fin de compte...
(bon d'accord, je piétine du pied nombre de considérations et notamment les différences entre pays des Etats-Unis, mais dieu que c'est bon ! :D)